30 juillet 2022

Les 7 Péchers capitaux du tatouage (2) : La Paresse.

    De tous les clichés, et dieu -s'il existait- saurait qu'ils sont nombreux, qui affublent le personnage du tatoueur (loubard, alcolo, obsédé...), l'un des plus tenaces et des plus faux est celui du tatoueur paresseux.

Non que cela soit totalement faux si l'on parle de temps aujourd'hui presque révolus ; mais comme je m'évertue à le clamer à tue-tête, le tatouage est un artisanat comme un autre : ergo : pas de travail = pas de brouzoufs, de tunes, de pépettes.

L'art de la bière 

    Lorsque j'ai mis le pied dans le glorieux monde du tatouage, le microcosme était en ébullition. Une nouvelle génération de tatoueurs émergeait, issus du monde du graphisme pour un grand nombre d'entre eux, et aillant pour la plupart travaillé en entreprise, aillant l'habitude de se lever le matin et de bosser au moins 39h par semaine. Genre moi.
Or le microcosme susnommé était souvent jusqu'à lors le fief de vieux grigous, lookés full-denim crade, la Gitane maïs au coin du bec, et la 1664 à portée de main...

Le bon vieux temps

    Ces derniers avaient souvent des horaires de travail dignes de l'autre plus vieux métier du monde, autrement dit pour se faire tatouer il fallait être prêt à renoncer à regarder Navarro, le commissaire Moulin voire même Julie Lescaut (Culture!).
En ces temps héroïques, se faire tatouer revenait à passer sa soirée dans un local enfumé, glauque, entouré d'une faune de plus en plus avinée au fur et à mesure que s'avançait la nuit.
Il est à peine étonnant que les 2 ou 3 tentatives que j'avais mené à l'époque dans le but d'obtenir un tatouage aient lamentablement échoué à peine la porte de ces enfers entrouverte, voire parfois même juste effleurée.

Noctambulisme détoxifiant

    Car le tatoueur préhistorique ne sortait  pas travailler à l'aube mais plutôt au crépuscule telle une sous-espèce vampirique. Ce biorythme particulier correspondait probablement à celui nécessaire à l'évacuation des toxines accumulées la veille : pastis, bière, rouge, nicotine, thc, dont les cadavres et restes ornaient souvent les plans de travail au milieu des encres et des buses.
Ah, la divine époque où des considérations aussi triviales l'hygiène ou la tempérance de venaient pas gêner de si indispensables agapes. D'ailleurs leur hygiène corporelle était souvent raccord avec celle de leur local. Le diable est dans le détail.
    Ceci explique aussi la qualité souvent approximative de certaines productions de l'époque ; tatouages à moitié finis, ou qu'il aurait mieux valu ne pas finir... Cette ère d'avant les aiguilles industrielles où par flemme d'en souder, certains vénérables gentlemen utilisaient la même toute la journée ; après tout, tant que ça marche...
Affabulation ? De tout cela j'ai été témoin, et quand j'en discute avec d'autres néo-vétérans, ceux-ci corroborent toujours les souvenirs que je garde de ce paradigme si particulier.

Le tatoueur antique n'était donc point une bête de travail : mais ça, c'était avant.

Oh mon dieu, quel horaire !

    Quand j'ai annoncé que je comptais tatouer en matinée, l'on m'a dit "tu n'y penses pas, personne ne tatoue le matin, de toute façon personne ne viendra se faire tatouer aussi tôt dans la journée..." A l'époque, en effet, j'avais encore des "collègues" dont les boutiques ouvraient à 16h, 18h, voire même certains qui ne piquaient pas avant 20h... Mais comme je ne comptais pas pratiquer ce noble art en dilettante, je n'ai pas tenu compte de ces vils sycophantes et de leurs avis méphitiques (Vocabulaire !).

Ensuite j'ai dû essuyer des "Comment ça, tu travailles le samedi ?" ou "Ah bon, tu es ouvert le lundi ?", comme si, à l'instar de quelque excentrique millionnaire, je ne tatouais que dans le seul but d'échapper au désœuvrement et non dans celui de payer toit et pitance (sans compter les charges irréalistes qui accablent tout artisan désirant exercer dans notre insatiable et boulimique contrée).
Comme si le seul but d'un tatoueur était de n'exercer son art qu'à minima... A l'instar de n'importe quel indépendant/artisan qui j'ai bossé 60 heures par semaine, parfois plus, pour lancer l'activité ; je ne m'en plains pas, c'est comme ça que ça marche. Point barre.

Travailleurs de farce

    Après tout, pour le grand public, nous ne pouvions être de véritables travailleurs, puisque nous ne pratiquions pas un "vrai" métier, ou alors dans la plus totale oisiveté... L'insupportable image de "glandeur/poivrot/argent facile" qu'a instauré la génération précédente est encore si présente, que lorsque l'on commence à parler maladies professionnelles, certains nous regardent en roulant de gros yeux étonnés : comment peut-on subir des dommages corporels en pratiquant, si peu, un si charmant hobby ?

Syndrome du canal carpien, lombalgies, hernies discales, tendinites chroniques sont le lot de nombreux professionnels, certains ayant dû suspendre ou arrêter leur pratique quand la douleur prend le pas sur la précision.
Pas de misérabilisme ici, juste le une énième raison d'affirmer que les tatoueurs ne sont pas des extra-terrestres, et de poursuivre inexorablement le cassage de ces clichés trop nombreux qui brouillent la perception d'un artisanat à la fois normal et merveilleux, où comme partout ailleurs oisiveté et paresse ne mènent nulle part.

Article écrit en 2013.


20 juillet 2022

Fermeture


Nous sommes en Juillet 2022, je viens de fermer la boutique. 

Par choix.

J'aurais pu continuer 10 ou 20 années supplémentaires, mais voilà, j'en ai marre, l'usure liée au temps à fait son œuvre. En précisant un peu les choses, je peux attribuer un certain nombre de causes différentes à ce ras-le-bol. 

D'abord c'est une question d'enrichissement intellectuel plus que financier : je suis en dessinateur qui tatoue, pas un tatoueur qui dessine, la nuance a son importance, réellement.

Je connais de nombreux tatoueurs qui n'ont pas de vocation artistique et qui ne dessinent que dans une optique commerciale, ceux-là n'ont aucune démarche artistique, ce qui en soit n'est pas un défaut, mais qui limite leur pratique à une dimension artisanale. 

   Le dessin n'est pour eux qu'un moyen d'alimenter une pratique vivrière : le tatouage.

En ce qui me concerne, dessin est une fonction vitale comme respirer où se nourrir. Un psychologue parlerait de sublimation, c'est le moyen que ma psyché a trouvé pour contrôler et évacuer mes traumas, sans cette catharsis je deviendrais très vite dysfonctionnel, enfin plus que je ne le suis déjà. 

   Le tatouage n'est pour moi qu'un moyen d'alimenter une pratique vitale : le dessin. 

Donc faire des compromis entre ce que je dessine et ce que les clients veulent que je leur tatoue a fini par me lasser. Je ne force personne à se faire tatouer mes dessins, mais je déteste que l'on essaye de me forcer à tatouer des dessins qui ne me correspondent pas. 

Mon travail sur papier commençant à devenir de plus en plus économiquement viable (enfin!) après 3 livres édités, la nécessité de négocier toujours et encore entre mes intérêts et ceux de ma clientèle devient de moins en moins absolue.

Ensuite, ce qui n'est pas totalement indépendant du premier point mais m'affecte de manière de plus en plus importante, c'est une profonde lassitude de la relation clientèle. Ce métier m'a permis de rencontrer des gens fabuleux, certains sont devenus des amis, mais pour ces quelques pépites collectées en deux décennies de travail, que de gravât j'ai dû tamiser !

Certes rien ne m'oblige en tant que professionnel à nouer des liens amicaux avec sa clientèle, mais a contrario rien ne m'oblige plus à me monter courtois avec de gens qui ne le méritent pas. Et cette catégorie devient de plus en plus importante. 

Ce qui pourrait n'être qu'une impression personnelle est malheureusement corroborée par les nombreux témoignages que j'ai pu entendre de professionnels confrontés au supplice de la relation clientèle : commerçants, artisans, médecins, avocats, tous parlent d'un durcissement de ce rapport lié à une hypertrophie déraisonnable de l'égo des clients. 

Signe d'une époque de nombrilisme-roi, de parfaits inconnus, souvent de parfaits incompétents, se permettent de contredire un professionnel sur des questions relevant de son domaine d'exercice, voire de critiquer sa pratique en se basant sur les absurdités charriées par internet : "j'ai fait mes recherches!".

Ces mêmes individus ne tolèrent par contre aucune remise en cause de leurs préconceptions et préjugés souvent faux et dénient au professionnel sa capacité de conseil ou d'avertissement. Bien-sûr, le résultat de cette situation faussée est une insatisfaction des deux parties dont la responsabilité sera toujours portée au débit du professionnel.

En général les plus irritants sont les plus bêtes et les plus sûrs d'eux.

Travailler dans ces conditions le tatouage devient pour moi de moins en moins intéressant, voire plus du tout. Je me suis promis, il y a vingt ans, que j'arrêterais de tatouer le jour où je trainerai les pieds pour aller travailler : ce jour est arrivé, fin mai 2022.

Alors non, je ne vais pas vraiment arrêter de tatouer, mais je vais disparaitre du spectre commercial visible du plus grand nombre et agir dans une sphère plus privée avec la partie de ma clientèle qui convient à mon projet de vie. 

Au final entre mon égocentrisme et celui des autres, autant choisir le mien.

Cela me permettra aussi de dégager plus de temps pour mes travaux personnels : d'autres livres, plus d'expositions, plus de participation à des projets artistiques.

À bientôt.

(Peut-être.)




09 novembre 2019

Etat des lieux.


Cela fait un bail que je n'ai pas écrit sur cette diabolique activité qu'est le tatouage : petit bilan au bout de 15 ans d'exercice.

Le tatouage entre libéralisation et vulgarisation.
J'ai vu passer sous mes aiguilles de nombreux mètres carrés de peaux depuis 2004, je commence presque à faire figure d'ancien et je pense pouvoir donner un avis assez éclairé sur ce qu'est devenu le métier en 15 années.
J'ai connu la fin de l'age d'or du tatouage durant mes 5 premières années d’exercice entre 2004 et 2009/10. Nous étions encore assez peu nombreux et le marché commençait a se développer. Lorsque j'ai débuté j'avais moins d'une dizaine de concurrents dans mon département, les Pyrénées Orientales : le métier était simple, les anciens continuaient à faire ce qu'ils avaient toujours fait, des motifs très basiques, tandis que nous, la nouvelle vague, nous pouvions nous lancer dans de nouveaux styles avec une nouvelle clientèle plus ouverte et plus éduquée aux arts graphiques et plastiques. 
Il suffisait d'un peu de culture et de talent pour travailler de façon très correcte, tant au plan artistique que financier.

15 ans plus tard, le nombres de tatoués a été multiplié par 2, le nombre de prospects a cru proportionnellement aussi, par contre le nombre de praticiens a été multiplié par 10 ou 15 selon les zones. Le tatouage est devenu "à la mode" non seulement pour le grand public, du côté clientèle, mais aussi pour certains qui pensent avoir trouvé un métier facile et rémunérateur (sic).

Médiatisation à outrance.


C'est à partir de 2005 que des émissions comme "Miami Ink" ont fait entrer les studios de tatouages dans la culture mainstream donnant souvent une image caricaturale du métier et de ses acteurs.
La vague médiatique a continué avec les concours comme "Best Ink" ou "Ink Master", mais aussi avec une avalanche de télé-réalités plus minables les unes que les autres (Marseillais, Chtis...), dont les participants sont tous tatoués en mode papier peint, éveillant massivement des vocations dans le segment "entrée de gamme" de la clientèle.
Les tatouages ont aussi fleuri sur les personnalités médiatiques, du sport, du cinéma ou de la musique, faisant une gigantesque campagne de publicité pour  cette pratique alors en plein essor.

Un métier peu protégé.

Le métier a donc subi un assaut en règle de la part de nombreux nouveaux impétrants. Nous avons vu tout et n'importe quoi débarquer une machine à la main, surtout n'importe quoi : des gens ne savant ni tatouer ni dessiner, dépourvus de la culture ou des capacités commerciales nécessaires pour pouvoir se dire "professionnel". 
Pourquoi ? Le principal syndicat national s'est toujours opposé à une professionnalisation du métier, autrement dit à un diplôme qui aurait permis de définir un seuil d'accès et de garantir une qualité plancher pour la clientèle. Le débat est toujours d'actualité, bien qu'il soit trop tard pour instaurer un équilibre entre offre et demande, sachant que les arguments s'opposant au diplôme sont toujours aussi vains et biaisés. 

Aujourd'hui, en France, pour coiffer un client il faut un CAP obtenu après deux années d'études et de stages pour pratiquer un acte avec une responsabilité relativement limitée par rapport au client, et une année supplémentaire pour exercer à son compte, le BP
Alors que pour tatouer -ou ouvrir son établissement-, autrement dit modifier à vie l'apparence d'un client, avec des risques liés aux contaminations ou aux dégradations de la peau, aucune qualification n'est requise à part le stage "hygiène et salubrité"de 3 jours qui n'a, soyons honnêtes, aucune utilité et ne garanti en aucun cas la qualité du travail effectué ni sur le plan technique, ni sur le plan artistique, ni sur le plan sanitaire.

Le coût du matériel et la facilité à en acheter sur internet ont aussi poussé de nombreux apprentis-sorciers à franchir le pas. Pour une poignée de dollars sur certains sites chinois, ils peuvent acheter un kit complet de mauvais matériel et de mauvais consommables pour réaliser de mauvais tatouages dans de mauvaises conditions. L'ignorance des pratiques et techniques saines, causée par l'absence d'une filière de formation normalisée, a donné lieu à toutes les fantaisies que se soit sur les lieux d’exécution (plein air, caravanes, appartements...) que sur les modes opératoires pour, au final, des résultats généralement assez piteux et malheureusement définitifs.

Enfin le fait que n'importe qui peut s'improviser formateur a permis a certains tatoueurs, de niveau parfois pour le moins incertain, de s'engraisser sur le dos d'apprentis formés à la va-vite, inondant le marché de concurrent de bas niveau et alimentant la surpopulation morbide du métier.

Titanic Ink.

Nous sommes à l'orée de 2020, et si je me risque à faire un peu de prospective, sachant que ce que je voyais venir il y a 10 ans s'est en grande partie réalisé, je me dis que l'avenir du métier est bien sombre. 
En regardant autour de moi, je vois beaucoup de bon et de très bons tatoueurs qui galèrent de plus en plus, alors que de mauvais "collègues" tirent mieux leur épingle du jeu, probablement parce qu'ils acceptent de faire n'importe quoi et le font souvent n'importe comment.

Je décourage systématiquement tous ceux qui viennent me demander comment intégrer la profession : la barque est plus que pleine, elle prend l'eau, inutile donc de monter à bord. Un tatoueur qui vous vanterait un avenir dans ce métier est probablement plus intéressé par la vente d'une formation, que par le futur de son apprenti. Aujourd'hui se lancer dans le tatouage implique une méconnaissance totale du marché ou un talent extraordinaire : devinez lequel est le plus courant ?

Pendant quelques années, on a pu assister à de nombreuses ouvertures de boutiques, maintenant il n'est pas rare d'en voir fermer : mauvaise gestion, mauvais tatoueurs ou tout simplement sur-effectif dans une zone donnée. Ou parfois juste le ras-le-bol d'un métier devenu chaotique par manque de structuration.

On peut aussi noter que la prolifération des conventions a aussi affaibli de nombreuses zones de chalandises, fragilisant d'autant plus les commerces sédentaires, dont les tatoueurs se retrouvent parfois obligés de tatouer... en convention.

Bref, j'ai l'impression de revivre dans le monde du tatouage ce que j'ai déjà vécu dans celui du graphisme il y a 20 ans, avec des conséquences significativement plus graves que quelques logos ratés et quelques flyers mal imprimés.

28 novembre 2018

Parcours.


Destin/Dessin
J'ai toujours dessiné : aussi loin que remontent mes souvenirs ma main tient un stylo, un crayon, un pastel, un marqueur... J'ai traversé toute ma scolarité en dessinant au lieu de prendre des notes, mes cahiers de cours étaient des cahiers de dessin. Je ne suis pas un mauvais élève,  j'ai presque toujours de bonnes notes, mais mon esprit est ailleurs.
De l’école primaire au lycée, je fais le minimum nécessaire pour être suffisamment bon élève pour que l'on me laisse dessiner tranquille dans mon coin. La fac de droit met un terme dramatique à cette logique de douce marginalité plastique, mais me permet, par échec, de franchir une étape importante : accéder à enseignement qui m'est destiné : les Beaux-Arts.
Les Beaux-Arts, ne sont pas ce que j'espérais ou fantasmais : trop engoncés dans des querelles de mouvements, cherchant à formater plus qu'à former, ils me mettent cependant en tête une bien dangereuse utopie : on peut vivre de son art.

Rêve/Réel
Au sortir des beaux-arts, le rêve rencontre le réel : le réel l'anéanti.
Il faut vivre, et pour vivre, payer tout ce que vivre coûte. 
Là commence l'expérience schizophrène qui consiste à endosser des costumes professionnels inadaptés pour subsister, survivre : dessinateur dedans, vendeur de télévisions dehors.
J'ai mis du temps à trouver un moyen de transformer cet impératif vital en moyen de subsistance. Je m’ennuie à mourir dans des boulots sans intérêt avant de finalement devenir graphiste.
Le rêve repointe le bout de son nez.
Un graphiste, c'est un dessinateur qui exécute les dessins de ceux qui ne savent pas dessiner. Alors c'est bien : tu dessines enfin, mais les idées des autres. Parfois elles sont intéressantes, souvent elles ne le sont pas.
Surtout quand ceux qui ne savent pas dessiner pensent pouvoir t'expliquer comment dessiner, ou veulent que tu dessines comme un autre, que tu n'es pas. Et surtout quand tu travailles en agence, où tes supérieurs essaient systématiquement de neutraliser ton trait, pour le vendre. Logique.
Pourtant, j'ai 30 ans et je suis fier d'être reconnu comme "graphiste", enfin au début.
Et tu comprends que le rêve si proche est devenu une sorte de cauchemar, un supplice de Tantale, le but est d'autant plus inaccessible que tu pourrais le frôler du bout des doigts.

Papier/Peau
Certains crises économiques ont des effets secondaires bénéfiques : celle qui détruit une grande partie des agences de communication au début des années 2000 m'exfiltre du petit enfer graphique dans lequel je m'e suis enfermé en fermant celle où je travaille.
Le chômage aurait pu broyer mon rêve, comme il le fait si souvent, mais il me donne le temps et les opportunités de continuer à rêver.
La rencontre avec un tatoueur va me faire franchir une étape supplémentaire. Je n'ai jamais envisagé de devenir tatoueur, pourtant il regarde mes dessins et me dit :
"pourquoi tu ne deviendrais pas tatoueur ?"
Le tatouage, je ne connais pas, j'ai quelques préjugés, les plus communs.
Le début des années 2000 est un moment particulier dans l'histoire du tatouage en France voire dans le monde. Même s'il existe quelques précurseurs de la mutation à venir, le tatouage est encore assimilé à une sous-culture triviale, ce qu'il est encore bien souvent.

Un grand nombre de gens comme moi, diplômés, issus de l'industrie graphique et des Beaux-Arts, s'emparent alors de dermographes : les champs sémantiques mutent, s'amplifient, explosent.
Cela ne se fait pas du jours au lendemain, pendant quelques années, je tatoue des "flashes", ces dessins que l'on trouve encore parfois dans de grands classeurs posés à l'entrée des studios.
Cela me rappelle mon époque graphisme en agence, donc très rapidement je m'affranchis de ce joug en allant jeter ces gros classeurs élimés dans la benne à ordures au bout de ma rue.
J'ai juste déplacé le problème.
On me demande du New School, du Old School, le dernier tattoo à la mode, j'ai intériorisé le flash, je suis toujours en décalage avec le dessinateur en moi.
Pourtant, j'ai 40 ans et je suis fier d'être reconnu comme "tatoueur", enfin au début. 
Peu à peu, je ne demande plus "quel style?" quand on me commande un tattoo, je fais MON truc. Dessiner pour le tatouage a développé et fait évoluer mon style, ma pratique.


Peau/Papier
Dix années passent.
Le milieu du tatouage est devenu immense, le nombre de professionnel a décuplé. Le nombre de clients n'a pas suivi la même progression. Un marché devenu stable niveau demande accueille un nombre toujours plus important de praticiens niveau offre. Peu importe leurs niveaux de compétence respectifs, tous ces tatoueurs divisent le marché, réduisant les parts de chacun.
Ma santé me joue quelques tours, je dois moins travailler.
Cela me laisse plus de temps pour dessiner.

Je trouve une voie, une pratique plastique que je développe. Le tatouage a contribué techniquement à la naissance de ce travail, mais n'en est ni la source ni l'aboutissement.
Pourtant où que je le présente, on lui colle l'étiquette "tatouage". 
Même lorsque je collabore sur un projet architectural, à mille lieux de toutes autres considérations que le dessin, les articles relatant l'inauguration du lieu parlent de la participation d'un tatoueur au projet. Quelque soit le projet ou l'exposition auquel je participe, je suis devenu le tatoueur de service.

Je demande à mes amis de ne pas se référer à moi en tant que tatoueur en public, j'en viens à haïr "Steve le tatoueur". Non que j'en ai honte, je continue à pratiquer le tatouage et cela me fait vivre, je tatoue même certains de mes dessins, ce qui me fais énormément plaisir.
Mais que je trouve au final ce terme extrêmement réducteur.
Je suis un tatoueur quand je tatoue, le reste du temps je suis un dessinateur.
Remarque, même quand je tatoue je suis un dessinateur.

Voilà, voilà... devenir ce que l'on est, long chemin, courte vie.

14 juillet 2018

Avec le temps...

"Plus un tatoueur est bon, plus il y a d'attente pour se faire tatouer par lui."

Certains préjugés sur les tatoueurs ont la peau dure. Celui-là en particulier n'a jamais été autre chose qu'une légende, l'est d'autant plus maintenant que le marché est souvent en flux tendu : cet a priori  biaisé refait surface régulièrement dans les media ou sur les réseaux sociaux.

Disons-le tout de suite, il y a des très bons tatoueurs qui ont de longs délai avant d'obtenir un rendez-vous, c'est vrai.

Mais il y a aussi de mauvais tatoueurs qui ont le même genre de délais, car, oui, paradoxalement certains mauvais, voire très mauvais tatoueurs, "tournent" mieux que d'autres de bien meilleure qualité (autre débat).

Pourquoi ?
Parce que le délai avant de pouvoir obtenir un rendez-vous n'est pas intrinsèquement lié à la qualité du travail effectué, cela n'a même souvent aucun rapport : c'est une question de gestion de planning et de vitesse d'exécution.

Ce délai peut-être lié à de nombreux facteurs :
  • La vitesse d'exécution, selon qu'un tatoueur travaille vite où lentement, il peut gérer plus ou moins de rendez-vous.
  • L'amplitude horaire journalière : certains tatoueurs travaillent par petites sessions, j'en ai vu un qui ne tatouaient que 2 heures maximum par jour.
  • Le nombre de rendez-vous journaliers : certains tatoueurs ne font parfois qu'une seule pièce par jour travaillé.
  • Le nombre de jours travaillés dans la semaine : 2,3,4,5,6 ? 
  • La présence en boutique : certains tatoueurs font des guests (aller tatouer dans une autre boutique) ou des conventions et donnent des rdv sur leurs périodes de présence ce qui peut sérieusement allonger les délais.
  • La capacité à respecter un planning : certains tatoueurs sont assez nonchalants avec le respect des horaires et n'hésitent pas à reporter à l'envie certains rendez-vous : j'ai déjà vu un tatoueur reporter 6 fois le rdv d'un client, sans motif réel et sérieux. 
  • Le type de travail effectué : un tatouer pratiquant un style très particulier est susceptible d'attirer une clientèle plus "pointue" mais moins nombreuse, là où un tatoueur généraliste, acceptant tous types des travaux, aura accès à une plus grosse partie du marché, donc plus de rdv potentiels.
  • La gestion du planning : certains tatoueurs donnent volontairement des rendez-vous à moyen terme, pour donner l'impression d'avoir de l'attente (effet pervers de la légende).
  • Le lieu d’exécution : une boutique est tributaire de sa zone de chalandise, un même tatoueur ne remplira pas son planning de la même façon dans un village de 1500 habitants que dans une ville d'un million d'âmes.
  • Le nombre de concurrents sur une zone de chalandise donnée : pour l'avoir vécu, un planning ne se remplit pas de la même façon avec 10 ou avec 100 concurrents directs.

Tous ces facteurs sont indépendants de la qualité du travail effectué, pourtant chacun peut moduler le temps d'attente pour obtenir un rendez-vous.

On peut comprendre qu'un tatoueur qui travaille vite et qui est présent 5 jours par semaine, 7 heures par jours en boutique, sans aller faire de guests ou de conventions, pourra traiter plus de projets qu'un autre qui travaille lentement, 2 heures par jours et 3 jours par semaine et qui irait faire des guests et des conventions plusieurs fois par an : donc à volume égal de travail, le premier pourra traiter 20 tatouages en une semaine, là où le second mettra un ou deux mois pour les gérer.

Et tout cela, toujours, sans parler une seule seconde de la qualité du travail.

La seule condition déterminante pour juger de la qualité d'un tatoueur, c'est la qualité de son travail, point barre.



06 juin 2014

Faux et usage de faux

 

Anecdote :

    Une petite demoiselle, à peine l'age requis pour se faire tatouer, débarque dans mon studio accompagnée de sa mère et me tend 3 photos de Rihanna en me disant : je veux me faire tatouer celui-ci, celui-là et celui-là.
Interloqué je lui dis : «  Non, je ne fais pas de copie ! »
Elle me répond : « Pourquoi ? »
Et de là va s'engager un dialogue surréaliste, où je vais essayer d'expliquer les bases de la morale (C'est pas bien de voler !) à une ado en plein caprice, appuyée par sa mère sur le ton du « tatouez-la, elle me foutra la paix ! ». Je voyais arriver le moment où la gamine se jetterait au sol pour taper des poings et des pieds en retenant sa respiration jusqu'à ce que j'abdique.
Aucun argument ne trouve grâce à leurs yeux : 
  • ni le respect de la célèbre chanteuse, 
  • ni l'ahurissant manque de personnalité que ce genre de demande implique, 
  • ni l'aspect immoral de la question,
  • ni l'évidente immaturité de la gamine, qui était de toute façon intellectuellement inapte à se faire tatouer. 
L'entretien se conclut sur un échec, mère et fille quittent mon atelier sans avoir eu gain de cause.

Épilogue :

    Quelques temps plus tard, je croise une amie de longue date, professeure dans un lycée du coin, elle m'aborde et me dit :
«  Je suis la prof de -*****-,c'est cool ce que tu as fait, j'ai appris que tu as refusé de la tatouer, franchement c'était la bonne chose à faire. Par contre je dois te dire, elle a fait le tour des tatoueurs de la ville jusqu'à en trouver un qui accepte. »
La déontologie n'est pas une valeur universelle, me semble-t'il.
Donc on a maintenant un pauvre gosse écervelée qui se ballade avec les tatouages volés à son idole de teenager, dont, si cela se trouve, elle détestera l’œuvre d'ici un an, quand elle se découvrira une passion pour le metal swahili, la guinguette croate ou le rap mongol, en fonction de la façon dont sa tête de girouette prendra le sens du vent. Sauf que ses tatouages-caprices rihannesques la suivront à vie...

Débriefing :

    Que l'on me montre des photos de tatouages existants comme indication, source d’inspiration ou exemple d'un projet à venir, est une démarche positive qui permet de définir avec plus de précision ce que l'on cherche, ce que l'on désire obtenir.

Par contre amener une photo en exigeant l'obtention de la copie exacte du tatouage qui y figure est une démarche faussée, négative : il y a un mot pour cela :

c'est une contrefaçon.

    La plupart des tatoueurs, généralement à leurs débuts, moi y compris, ont fait ce genre de copies. On a tous démarré quelque part, surtout il y a une dizaine d'années, et avant, quand tous n'osaient pas proposer leur style, leur patte, s'ils en avaient. Parfois, en début de carrière on n'ose pas dire « non », parce qu'on est en train de se constituer une clientèle, ou parce qu'on est en France, et qu'on se fait massacrer par les charges dès le départ.
J'ai tendance à penser, avec le recul, que la qualité du travail d'un tatoueur tient parfois autant aux projets qu'il accepte qu'à ceux qu'il refuse.
Toujours est-il que le résultat de cette pratique a été qu'un petit nombre de motifs s'est retrouvé tatoué sur un grand nombre de personnes. Les "flashs", les livres de motifs, ont aussi participé de ce phénomène. Maintenant les modes et les « peoples » ont pris le relais.

Seulement, dès que l'on se penche un peu sur la question, on comprend assez rapidement à quel point cela est néfaste.

    Tout d'abord l'essence du tatouage est son originalité, son caractère unique. Un tatouage est créé et réalisé pour une personne à partir de ce qu'elle veut y mettre, son vécu, son imaginaire, sa culture. Tout cela est mis en forme par le tatoueur, qui va le synthétiser en un ou plusieurs motifs. Par définition ce type de tatouage n'est pas copiable sans le vider de toute signification, de toute cohérence.
Et même dans le cas de tatouages purement esthétiques, ils ont étés pensés en fonction de l'anatomie du tatoué et de ses critères esthétiques, enrichis de la « patte » du tatoueur, donc non-reportables sur un autre corps.

L'idée même de voler un motif à quelqu'un est inadmissible. Je me demande souvent pourquoi il y a encore besoin d'expliquer pourquoi c'est MAL, je me demande même comment on peut formuler ce genre de requête.

Une fois qu'un tatouage a été réalisé, il co-appartient à celui qui l'a créé/réalisé ainsi qu'à celui qui le porte. Faire réaliser une copie lèse ces deux personnes. D'une part le talent et le travail de celui qui a créé l'original ne sont ni rémunérés ni récompensés, d'autre part celui qui porte l'original voit son identité violée par le contrefacteur, et galvaudée par le porteur de la contrefaçon.
Je n'ose imaginer la rage et le dégoût que m'inspirerait le fait de croiser quelqu’un portant une copie de l'un de mes tatouages.

    Il y existe cependant quelques exceptions : quand le porteur de l'original est d'accord, parce que c'est un tattoo de famille ou un trip entre amis : dans ce cas il vaut mieux le faire réaliser quand c'est possible par le tatoueur du premier motif. Ou alors le tatouage d'un cher disparu, une sorte de mémorial, c'est acceptable.

La question de la propriété intellectuelle est assez complexe lorsque l'on en parle dans le cadre du tatouage, surtout dans la société du piratage banalisé, mais la base de la base c'est :

ON NE COPIE PAS UN TATOUAGE EXISTANT.


01 février 2014

Plaidoyer pour un diplôme de Tatoueur

Ars longa, vita brevis.

Après l'affaire des couleurs, un nouveau séisme secoue le microcosme du tatouage français: faut-il ou non un créer un diplôme professionnel de tatoueur ? Si oui, un CAP suffit-il ?

Lorsque j'ai adhéré au Syndicat National des Artistes Tatoueurs ( #SNAT ) il y a quelques années, c'est surtout parce que j'apprécie la démarche que ce syndicat à toujours soutenu, celle d'une professionnalisation du monde du tatouage. Enfin quand je dis « toujours », c'était avant qu'un syndicat plus récent, « Tatouage et partage », propose la création d'un Certificat d'Aptitude Professionnel (CAP) Tatoueur.

Je considère qu'un métier devient une profession sérieuse lorsqu'un seuil de compétence minimal est mis en place pour filtrer l'accès à son exercice. Ceux qui connaissent le milieu du tatouage savent que l'on y trouve tout et n'importe quoi : des BAC+5 Beaux Arts aux illettrés les plus crasses.


Une démarche de professionnalisation aboutit logiquement et nécessairement à un diplôme.

Première levée de boucliers de certains membres du SNAT : scandale et vociférations : « le tatoueur est un artiste », et un artiste n'a pas besoin de diplôme.
Absurde !
J'ai même vu passer un argument selon lequel Michel Ange n'aurait pas eu besoin de diplôme pour exercer : mélange de contre-sens historique absolu et mythologie romantique. Si la personne qui a avancé cette ânerie avait suivi des cours d'histoire de l'Art, elle aurait su qu'à la Renaissance, l'enseignement artistique dispensé par les ateliers était très long et très rigoureux, ce qui ferait probablement de Michel-Ange, Botticelli ou De Vinci les équivalents de doctorants en histoire de l'art et en Arts plastiques actuels.


Tout cela pose la question de ce qu'est un Tatoueur.
Tatouer implique la maîtrise de paramètres nombreux et variés : plastiques, techniques et para-médicaux. Tatouer ne se limite pas à une pratique « artistique », la signification de « Art » ou de « Artiste » relevant plus souvent de l'acception romantique, période fin XIXème, un esprit et une pratique libre, autodidacte, que de sa véritable origine :

« Ensemble des procédés, des connaissances et des règles intéressant l'exercice d'une activité ou d'une action quelconque » (Larousse.fr)

Ce qui fait de l'Artiste une personne ayant la maîtrise des ces procédés, connaissances et règles : et comment vérifie-t'on ou valide-t'on cette maîtrise et son acquisition, à part par le biais d'un diplôme ?
Aujourd'hui, un client qui rentre dans un studio de tatouage n'a absolument aucun moyen de savoir de quel niveau de qualification dispose l'intervenant qui va le tatouer. La seule "qualification" requise est le stage de 3 jours « hygiène et salubrité » : autrement dit, en forçant le trait, savoir se laver les mains ; c'est un peu juste comme garantie pour confier la réalisation d'un acte corporel définitif.

Mais alors pourquoi juste un CAP ?
Tenons-nous notre métier en si piètre estime, que nous voulions le faire reposer sur l'échelon le plus bas des qualifications professionnelles ? En France, selon la loi, pour ouvrir un salon de coiffure, il faut être détenteur d'un BP qui se situe au dessus du CAP donc en tout 3 années de formation.
Tout cela pour pratiquer des actes éphémères avec une responsabilité relativement limitée quant au client, et certains voudraient me faire croire que nulle compétence ne serait nécessaire ou requise pour pratiquer des actes définitifs avec l'énorme responsabilité que cela implique.

Mettre en place une filière de formation de sera ni simple ni rapide, cependant cela sera le seul moyen de faire sortir cette profession du flou et de l'obscurité où elle végète.

Combien de fautes d'orthographe sur des tatouages va-t-il encore falloir pour que l'on comprenne qu'un minimum de bagage académique est indispensable à l'accession au statut de tatoueur ?
Combien de studios de tatouages vont apparaître, durer 6 mois et faire faillite, avant que l'on comprenne que certaines choses ne s’apprennent pas sur le tas comme la gestion et la comptabilité ? 

Et je ne vais pas me lancer sur le terrain esthétique, où un minimum de culture, d'éthique et de technique nous épargnerait l'horrible vision de certaines horreurs...

12 juillet 2013

Les tatouages "hors la loi"

Tatouages interdits
     J'ai déjà abordé dans un article précédent mon approche subjective de ce que j'accepte de tatouer ou non, mais existe-t-il dans la législation française des dispositions explicites interdisant tel ou tel tatouage ?  

Dura lex sed lex :
Que dit la loi française ?
  • La loi du 29 Juillet 1881 punit : la provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ; provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence nationale, raciale ou religieuse ; apologie de crime contre l'humanité ; injure publique raciale nationale ou religieuse ; diffamation publique raciale, nationale ou religieuse, apologie d'activités criminelles ou délictueuses.
  • L'article du Code pénal R. 625-717 punit la provocation non publique à la discrimination, à la haine ou à la violence nationale, raciale ou religieuse.
  • L'article du Code pénal R. 645-118 punit l'apologie de crime contre l'humanité ; l'injure publique raciale nationale ou religieuse, le port ou exhibition d'uniformes, insignes ou emblèmes rappelant ceux des responsables de crimes contre l'humanité.
  • La loi L.630 du 31 décembre 1970 punit l'apologie de l'usage de stupéfiants . 
Je suppose qu'un spécialiste du droit pourrait trouver d'autres textes.


Dans les faits.    
    Donc dans l'absolu, il faudrait prendre la liste des procès du Tribunal Pénal International de La Haye avant de tatouer un motif à connotation politique, et censurer tout ce qui tombe sous le coup de la loi : rude tâche. Car par delà les évidences, genre la méchante svastika, certains symboles sont plus vicieux, car toutes les idéologies majeures ont connu leurs dérapages sanglants, parmi lesquels beaucoup de crimes contre l'humanité, donc si le tatoueur veut éviter d'être complice d'une provocation légalement répréhensible, il doit faire preuve de discernement.

    A noter de surcroit que la loi française interdit explicitement les tatouages faisant l'apologie de l'usage de stupéfiants : donc adieu la petite feuille de cannabis, qui de toute façon dans la majorité des cas sera recouverte dans les 5 ans. 
    Au vu de la judiciarisation croissante de la société française, il est fort probable qu'un jour un tatoueur se retrouve devant un juge pour avoir réalisé ce genre de motif, surtout sur personne mineure.


Styles (8) : Le solid black (ou full black)




credit : bodymob blog.org via tumblr
L’œuvre au noir.
Alors voici une énigme, en tout cas pour moi : comment une technique utilisée pour camoufler à l'arrache les bousilles des anciens punks/skins est-elle devenue l'une de ces modes -absurdes- qui régulièrement traversent le petit monde du tattoo ?

Je veux bien respecter les gouts et les couleurs de chacun, mais pour moi qui suis en général allergique aux grosses tâches noires (genre tribal années 80/90), j'ai vraiment beaucoup de mal avec cette manie fashion qui consiste en ce moment à se faire encrer des aplats de noir, parfois sur un membre entier, et souvent pour ne rien recouvrir, ce qui était la fonction originelle de cette -non-technique.

Parlons-en d'ailleurs du trip flemmard : "on ne se prend pas la tête, on passe tout au black".


Travail au Black...
Le niveau technique général des professionnels du tattoo a tellement décollé ces 10 dernières années, qu'il existe une infinité de possibilités pour se débarrasser d'une encre indésirable.
Pendant ce temps le Solid black a pris le relais du tribal dans le rôle de solution de facilité. Mais là où le gros tribal noir a connu un plongeon abyssal dans les enfers de la ringardise, le Solid black bénéficie, en tout cas pour l'instant, d'une image hype : quelque chose m'échappe.

Daniel Darc - crédit : Thesupermat via humanite.fr
Il existe des tatouages ethniques impliquant de grands aplats de noir, c'est même parmi l'une des formes d'expression dermographique premières, justifiée par une esthétique et une sémantique propre à son contexte.
Chez les vieux punks/skins, cela se comprend par une forme de nihilisme, sur le fait aussi qu'à 50 balais parfois, genre Daniel Darc (RIP), on préfère se balader avec une tâche noire plutôt qu'avec un "A" cerclé, un parabellum ou une svastika.


Noir c'est noir.
Mais en dehors de ces contextes, quelle intérêt peut-il y avoir à écraser sous une indélébile chape d'encre noire d'innocents centimètres carrés de peau vierge ? Parce qu'il faut quand même le dire : c'est souvent le niveau zéro du tattoo : zéro créativité, zéro technique et probablement zéro signification : dans ce cas là ne vaudrait-il mieux pas faire zéro tatouage ?

Parce que les fashionistas du tattoo, qui se sont fait tatouer les trucs et bidules hypes du moment (genre le signe infini avec un prénom/mot dedans), quand ils vont passer nous voir pour un recouvrement dans quelques années (mois?), on va pouvoir les gérer sans trop de problème. 

credit : bodybuildingdungeon.com
Par contre le gars qui va se pointer avec un bras solid black, on ne va pas beaucoup rigoler et lui encore moins !