Ars longa, vita brevis.
Après l'affaire des couleurs, un
nouveau séisme secoue le microcosme du tatouage français:
faut-il ou non un créer un diplôme professionnel de tatoueur ?
Si oui, un CAP suffit-il ?
Lorsque j'ai adhéré au Syndicat
National des Artistes Tatoueurs ( #SNAT ) il y a quelques années, c'est
surtout parce que j'apprécie la démarche que ce syndicat à
toujours soutenu, celle d'une professionnalisation du monde du
tatouage. Enfin quand je dis « toujours », c'était avant
qu'un syndicat plus récent, « Tatouage et partage »,
propose la création d'un Certificat d'Aptitude Professionnel (CAP)
Tatoueur.
Je considère qu'un métier devient une
profession sérieuse lorsqu'un seuil de compétence minimal est mis
en place pour filtrer l'accès à son exercice. Ceux qui
connaissent le milieu du tatouage savent que l'on y trouve tout et
n'importe quoi : des BAC+5 Beaux Arts aux illettrés les plus
crasses.
Une démarche de professionnalisation
aboutit logiquement et nécessairement à un diplôme.
Première levée de boucliers de
certains membres du SNAT : scandale et vociférations :
« le tatoueur est un artiste », et un artiste n'a pas
besoin de diplôme.
Absurde !
J'ai même vu passer un argument selon
lequel Michel Ange n'aurait pas eu besoin de diplôme pour exercer :
mélange de contre-sens historique absolu et mythologie romantique.
Si la personne qui a avancé cette ânerie avait suivi des cours
d'histoire de l'Art, elle aurait su qu'à la Renaissance,
l'enseignement artistique dispensé par les ateliers était très
long et très rigoureux, ce qui ferait probablement de Michel-Ange,
Botticelli ou De Vinci les équivalents de doctorants en histoire de
l'art et en Arts plastiques actuels.
Tout cela pose la question de ce qu'est
un Tatoueur.
Tatouer implique la maîtrise de
paramètres nombreux et variés : plastiques, techniques et
para-médicaux. Tatouer ne se limite pas à une pratique
« artistique », la signification de « Art »
ou de « Artiste » relevant plus souvent de l'acception
romantique, période fin XIXème, un esprit et une pratique libre,
autodidacte, que de sa véritable origine :
« Ensemble des procédés, des
connaissances et des règles intéressant l'exercice d'une activité
ou d'une action quelconque » (Larousse.fr)
Ce qui fait de l'Artiste une personne
ayant la maîtrise des ces procédés, connaissances et règles :
et comment vérifie-t'on ou valide-t'on cette maîtrise et son
acquisition, à part par le biais d'un diplôme ?
Aujourd'hui, un client qui rentre dans
un studio de tatouage n'a absolument aucun moyen de savoir de quel
niveau de qualification dispose l'intervenant qui va le tatouer. La
seule "qualification" requise est le stage de 3 jours « hygiène
et salubrité » : autrement dit, en forçant le trait,
savoir se laver les mains ; c'est un peu juste comme garantie
pour confier la réalisation d'un acte corporel définitif.
Mais alors pourquoi juste un CAP ?
Tenons-nous notre métier en si piètre
estime, que nous voulions le faire reposer sur l'échelon le plus bas
des qualifications professionnelles ? En France, selon la loi,
pour ouvrir un salon de coiffure, il faut être détenteur d'un BP
qui se situe au dessus du CAP donc en tout 3 années de formation.
Tout cela pour pratiquer des actes
éphémères avec une responsabilité relativement limitée quant au
client, et certains voudraient me faire croire que nulle compétence
ne serait nécessaire ou requise pour pratiquer des actes définitifs
avec l'énorme responsabilité que cela implique.
Mettre en place une filière de
formation de sera ni simple ni rapide, cependant cela sera le seul
moyen de faire sortir cette profession du flou et de l'obscurité où
elle végète.
Combien de fautes d'orthographe sur des
tatouages va-t-il encore falloir pour que l'on comprenne qu'un
minimum de bagage académique est indispensable à l'accession au
statut de tatoueur ?
Combien de studios de tatouages vont
apparaître, durer 6 mois et faire faillite, avant que l'on comprenne
que certaines choses ne s’apprennent pas sur le tas comme la
gestion et la comptabilité ?
Et je ne vais pas me lancer sur le
terrain esthétique, où un minimum de culture, d'éthique et de
technique nous épargnerait l'horrible vision de certaines
horreurs...