Dans la série "les questions les plus posées" voici un chef-d'œuvre du genre :
Vous utilisez du noir... noir ?
Bien, bien, bien : voilà qui requiert une petite explication. L'encre noire que la plupart des tatoueurs professionnels utilisent est vendue comme étant noire. Jusque là, rien de surprenant. Il faut savoir que le noir absolu, 100% black, ne se rencontre pas souvent ni dans la nature ni dans dans la chimie, on trouve des noirs à 95% et des brouettes et tous orientés dans une direction du cercle chromatique; autrement dit, noir bleuté, verdâtre, marron...
Le cercle chromatique, cauchemar des étudiants en 1ére année Beaux arts :
essayez de le refaire à la gouache, pour voir...
Ceci étant posé, après avoir parlé "peinture", nous allons aborder la "toile", autrement dit la peau (mais vous aviez déjà compris, mes lecteurs sont généralement super intelligents ^^).
La toile !
Le tatouage par effraction cutanée, terminologie légale, implique l'introduction de pigments dans la peau en n'en franchissant que les épaisseurs caduques, pour les déposer sur la surface pérenne. Autrement dit le pigment se retrouve pris entre 2 épaisseurs de tissus, puisque lors de la cicatrisation, la peau se reforme par dessus lui.
La couleur perçue est donc liée à 2 facteurs supplémentaires : la couleur de fond de la peau et le filtrage lié à l'épaisseur de peau le séparant de l'extérieur. La surface de pigment n'étant pas, stricto-sensu, opaque, la couleur perçue est une addition de celle-ci et de la pigmentation naturelle du derme. Ensuite cet ensemble est filtré et atténué par les couches de peau externes donnant la couleur résultante finalement perçue. Ce qui explique aussi que les couleurs d'un tatouage soient plus vives après une douche, par exemple.
Si on ajoute à cela le contraste entre la peau à la périphérie du tatouage et ce dernier, on obtient encore une variable de perception : un noir semblera "plus" noir sur une peau blanche que sur une peau mate ou foncée.
Dernier facteur de perception : le type d'éclairage. La plupart de lumières sont colorées ; bleuté/vert pour les néons, jaune/orangé pour les lampes à incandescence...
Tout cela explique pourquoi, à technique, encre et motif équivalent, un noir sera perçu différemment sur deux personnes différentes. Je parle ici du noir, mais cela vaut pour toutes les couleurs utilisées en tatouage.
Avec le temps...
Reste ensuite à aborder les évolutions contextuelles et idiosyncratiques (j'aime les mots compliqués...). La peau est un matériau vivant - enfin dans la plupart des cas -, ce qui signifie qu'elle va évoluer en fonction du vieillissement et de facteurs externes comme l'exposition au soleil. Nous devrions protéger notre peau à chaque exposition au soleil, tatouage ou pas; mais avec un tatouage c'est encore plus nécessaire : les UV sont un facteur de décoloration du pigment, donc, une personne qui passe sa vie à l'ombre, genre moi, va conserver de fraiches couleurs toute sa vie, alors qu'un estivant forcené de la bronzette va voir ses tatouages s'atténuer en fonction de la durée et de l'intensité de ses expositions à l'astre de jour. En schématisant, on pourrait comparer cela à un traitement au laser en beaucoup plus lent.
Et on se demande encore pourquoi je HAIS la plage...


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire